La Compagnie des Gens
Fous !
D'après
Homme et Galent Homme
d'Eduardo de Filippo
Lors d’une étape de leur tournée estivale dans une petite ville balnéaire, une compagnie d’acteur à bout de souffle "La Eclettica" s’installe avec armes et bagages sur la terrasse de l’Hôtel Bagnoli. Ils sont cinq, ou plutôt cinq et demi car la jeune première est un "tout petit peu" enceinte des œuvres du patron.
Englués dans leur quotidien précaire, en but aux querelles domestiques et à l’hostilité du personnel de l’établissement, les saltimbanques faméliques répètent, cuisinent, aiment, se disputent, font la lessive sur la fameuse terrasse devenue en un clin d’œil le lieu de tous les possibles.
Don Gennaro, le chef de troupe, dont la foi un peu ridicule en son art semble inébranlable, espère encore gagner les faveurs du public grossier, riche et indifférent du théâtre de plein air où "la Eclettica" officie depuis quelques jours.
Mais au vu de la maladresse du jeu des acteurs et de la médiocrité du drame qu’il s’apprête à interpréter, il est peu probable que le succès sera au rendez-vous de leur prochaine représentation.
Par ailleurs, l’arrivée inopinée de Salvatore, le frère dément de la jeune première ainsi que l’attitude irresponsable de Bice, la fausse ingénue bourgeoise courtisée par De Stefano, l’impresario trop galant, vont renvoyer bien vite les préoccupations artistiques de Don Gennaro au second plan.
En effet, la situation générale s’envenime à la vitesse d’un cheval au galop… Et l’on s’agite, on se pavane, on s’invective. Les accidents se multiplient, les mensonges enflent, les coups pleuvent.
Un formidable imbroglio se met alors en place où chacun devra faire preuve d’un solide sens de l’improvisation et d’une bonne dose de rouerie pour ne pas sombrer corps et bien dans un abîme de catastrophes annoncées.
"Fous." est une pièce drôle, pour ne pas dire une drôle de pièce, qui plonge d’emblée les protagonistes dans un maelström de situations burlesques apparemment inextricables dont la seule issue serait la folie, réelle ou simulée.
Mais qu’on ne s’y trompe pas ; sous la verve comique de l’auteur se cache un profond pessimisme, heureusement tempéré par cette tendresse toute "filipéenne" pour le petit peuple, les gens de peu, les sans-grades.
Obsédé par la justice et la misère, Eduardo De Filipo dresse ici un portrait à la fois corrosif et affectueux de ses contemporains. D’ailleurs, si les vicissitudes de ses nombreux personnages appellent à rire, un rire franc et libérateur, elles ne nous font à aucun moment oublier ce que la condition humaine a de dérisoire, de cruel…
C’est comme ça. Dans cette histoire comme dans bien d’autres, les masques des acteurs mais aussi et surtout ceux des gens respectables finissent toujours par tomber dans un bruyant "Bling-Bling", égratignant dans leur chute l’impeccable vernis des apparences.
Avec cette comédie napolitaine parée des couleurs de l’universalité, la compagnie des gens à trouvé un matériau théâtral à la mesure de son goût assumé pour un théâtre tonique, insolent, joyeux, roboratif… et faut-il avoir peur de la noblesse du mot… ouvertement populaire.
Jacques Senelet.

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