La Compagnie des Gens
Avatars
De Jacques Senelet.
Librement inspiré de Plaute,
Aristophane et Molière.
©Thomas JOURNOT
EXTRAIT 1
AMIDIASE
Sont-ils ridicules nos gros becs,
Avec pour oriflammes leurs choses qui pendouillent
Entre leurs jambes velues d'australopithèques.
Avez-vous entendu ces bataillons d'andouilles,
Acclamer sans vergogne les singes en maillots
Dont l'éclatant mérite vient de leur aptitude
A pousser une balle entre les deux poteaux
D'une cage?
CALLIOPE
Et comble de turpitude,
Quand, à nous autres femmes, vient la première ride
Le premier cheveu blanc et la culotte de cheval,
Regardez-les... l’œil torve et le museau humide,
Gonfler torse et biceps au passage des vestales
En toge courte, claquant talons,
Lèvres peintes ; nymphettes éphémères
Ondulant de la hanche, ballottant du croupion,
Insolemment armées de leurs bombes laitières,
Pointues par le devant et rondes par derrière.
ALCMENE
Le tableau que tu dresses de notre condition
Est fort sombre, Calliope. Pour ma part, je dois dire
En toute honnêteté et sans disconvenir
Du bien fondé de tes accusations,
Que ma charge n'est pas si lourde à porter
Auprès du tendre époux que le ciel m'a donné.
Il a pour son Alcmène, d'adorables égards,
Des gestes caressants...
AMIDIASE
Bienveillance provisoire
Propre au jeune marié. Profites-en bien ma fille.
Le temps viendra vite où sous le bel uniforme
D'Amphitryon tu découvriras les guenilles
Du soudard, de la brute épaisse, énorme,
Du macho emporté et vulgaire
Que les années auront façonné
A l'image de ses congénères,
Bouffis d'orgueil et de virilité.
LAMPITO
A moins que la grâce ne t'accorde qu'il meure,
En héros, jeune encore, sur le champ de bataille.
Car mieux vaut être une veuve en pleurs,
Mais libre... qu'une esclave au sérail.
ALCMENE
Malfaisante pythie,
Rentre ta langue de vipère.
Ne t'en déplaise, j'aime mon mari.
Je tremble de le savoir à la guerre,
Et je prie les dieux chaque jour
D'ordonner promptement son retour.
AMIDIASE
Oui, afin qu'au plus tôt, il féconde ton ventre,
Y déposant en germe le futur mercenaire
De la race des brutes qui tuent, ou qu'on éventre.
MYRRHINE
Oh, pauvres créatures sommes-nous, pauvres mères.
Qui avons à nos fils prodigué tant de soins.
Tant de caresses, pour les voir un matin
Partir au combat, comme leurs pères,
Braillards, stupides et fiers.
CLEONICE
Bien résumé. C'est là notre mission
A nous autres: fabriquer de la chair à canon.

©Thomas JOURNOT ©Thomas JOURNOT
EXTRAIT 2
SOSIE
Laissez-moi rentrer chez moi maintenant,
Avant que je fasse un malheur.
HERMES
Comment ça... Chez toi ?
SOSIE
Je veux dire chez mon maître,
Le général Amphitryon.
HERMES
Ton nom, maraud ?
SOSIE
Sosie.
(Progressivement, Hermès, par son attitude de domination physique repousse Sosie au bord du palier.)
HERMES
Ah, l'imposteur, le traître...
Qui t'a donné le droit de t'appeler ainsi ?...
SOSIE
Mes parents, je suppose.
HERMES
Comment coquin...tu oses
Effrontément affirmer que tu es Sosie ?
(Sosie tombe du palier.)
SOSIE
Entre-nous, j'aurais bien mieux aimé être un autre.
Amphitryon, par exemple...Ah, porter un nom
Illustre, fameux... Hélas, depuis le biberon,
Je suis Sosie. C'est mon nom, je n'en ai point d'autre.
(Sosie veut forcer le passage et rentrer au palais, mais le bras d’Hermès l’arrête à nouveau.
Du coup, Sosie reprend la vile feinte d’Hermès.)
Oh regardez là-bas, une comète.
HERMES
Une comète ?... où ça ?...
(Sosie se précipite sur le palier, Hélas, Hermès l’a gagné de vitesse.)
Reçois pour ce mensonge, la juste récompense.
(Hermès bastonne le malheureux Sosie.)
SOSIE
Aïe.
HERMES
Je vais t'apprendre à souffrir en silence.
SOSIE
Heu. Monsieur, de grâce, arrêtez votre bras;
HERMES
Quand tu auras cessé de prétendre à ce nom.
SOSIE
C'est le mien, je n'y puis rien changer...
HERMES
Non ?
SOSIE
Non.
Ce n'est pas bien de battre un plus petit que soi.
HERMES
(Attrapant Sosie par le col et le faisant remonter sur le palier.)
Voyons si la leçon a porté. Qui es-tu ?
SOSIE
Sosie, sans aucun doute...mais un Sosie battu.
HERMES
(menaçant)
Battu… et rebattu si tu persistes.
C'est moi, pendard, qui suis Sosie.
SOSIE
(il se marre)
Vous. Alors je suis Zeus.
HERMES
Tu ris ?...
(Coups de bâton.)
Bientôt, seul un médecin légiste,
Sera capable de t'identifier.
(Coups de bâton. Sosie dévale la pente à plat ventre.)
SOSIE
Pitié...je vous en supplie... assez.
HERMES
Et maintenant, comment faut-il que l'on t'appelle ?
SOSIE
Je n'sais pas...je n'sais plus... je ? tu ? il ? elle ?
Truc ou machin ? Si ce n'est moi, c'est donc mon frère.
L'être ou le néant, le rien, le tout, son contraire.
Sosie or not Sosie ?... I don’t know my Lord.
I’m just what you want. Je suis qui vous voulez.
Je renonce à moi-même, vaincu par votre dialectique.
HERMES
(caressant satisfait son bâton)
Les arguments noueux du bois de châtaignier,
Viennent toujours à bout des natures sceptiques.
SOSIE
(à part, se relevant.)
Je craignais sur la route quelque mésaventure,
Qu'on s'en prenne à ma bourse, qu'on vole mon manteau.
Me voici dépouillé de ma propre nature,
Je ne sais si j'existe, que par mon mal de… dos.
(Sosie s'approche d'Hermès. C'est à ce moment seulement qu'il prend
conscience de la ressemblance. Il examine avec terreur, cet autre lui-même,
tâte l'étoffe de son habit, le renifle, s'écarte pour mieux jauger son double...etc...)
L'habit...le visage...tout me semble familier...
Vous me faites penser à quelq'un...à un homme
Qui m'est cher...Pas possible. je deviens fou à lier,
Me voilà face à moi...Oh. c'est le délirium,
Alzheimer, ou un' cris' de Palu... C'est sûr,
Il y a un virus dedans mon disque dur.
(Sosie fait des grimaces, exécute des mouvements burlesques qu'Hermès
reproduit à l'identique comme s'il s'agissait de son image reflétée par un miroir.
Sosie donne une gifle à son double, laquelle lui est simultanément rendue...de même pour un coup de pied, un coup de poing...)
Oh... Eh... Hein... Bon....
(Il s'apprête à administrer un coup de bâton à Hermès, puis se ravise juste à temps.)
Non...pas le bâton.
HERMES
Voilà qui est sage.
SOSIE
Une question, mon Moi...
HERMES
Oui.
SOSIE
...Un peu incongrue
Dois-je te dire vous, ou bien vous dire tu ?

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