La Compagnie des Gens
'Tit bonhomme l'est pas très mort !
De Jean-Pierre Chabrol.
Engagé depuis 1990 dans une démarche théâtrale inscrite au coeur de la ruralité, nous n'avions cependant pas osé, ou souhaité, aborder la thématique du monde paysan, vaste sujet s'il en est.
Le souvenir vivace et ébloui d'une représentation de 'Tit Bonhomme l'est pas très mort donnée par le Théâtre de la Jacquerie en juillet 1979 a finalement eu raison de nos appréhensions, de notre pudeur face à cette histoire collective, notre histoire, à la fois si proche et terriblement lointaine.
Le texte de Jean-Pierre Chabrol -quel bonheur- pulvérise les règles de l'académisme et du bon goût; ça gicle, ça mord, ça geint, c'est franc comme du bon pain, acide comme les merises de juin, ça sent la terre mouillée "quand c'est fini l'orage", le paquet de gris, la lavande et le tas de fumier, ça cause grenu et rêche, ça parle de Dieu, des ânes, des croisades, du 14 juillet, des revenants, des filles volages, du prix des artichauts, de la guerre, tout ce qu'on aime.
Il ne s'agit pas ici de paysannerie sucrée de George Sand, mais plutôt des personnages truculents de Jérôme Bosch et de leurs cousins tourangeaux, les fouarciers forts en gueule de Rabelais.
Vrai, ils ne sont guère fréquentables nos ancêtres les Jacques...
À leur décharge, il faut dire que la misère est omniprésente dans leur histoire, une misère inéluctable, comme une maladie génétique, cette misère dont François Villon disait: "En grande pauvreté ne gît pas grande loyauté."
>Mais à l'occasion, on ne rechigne pas devant un coup de main, et il y a toujours une occasion, un prétexte, pour se retrouver autour d'une chopine de clairet... on sait vivre malgré tout... Et une bourrée bien menée, ça fait chanter les anges.
Après Adam, après Ève, Dieu aurait créé le vilain, pour aider l'homme dans ses tâches les plus fastidieuses. Au fond de la campagne française et catholique comme dans le plus reculé des villages d'Inde brahmanique, il y a toujours eu un intouchable et un croquant préposé aux besognes harassantes.
Sème, et les autres boufferont.
Que de drames dans cette histoire, Bonhomme. Mais aussi de belles revanches, de joyeuses révoltes, des tranches de bon temps, le baume de la franche rigolade quand le pain est frais, les filles girondes, le vielleux pompette, les châtaignes grillées, et que le pressoir pisse son vin nouveau.
Troisième millénaire. Pour certains les temps ont changé... Tant mieux. Pour d'autres la servitude demeure. Évoquer la passé des premiers pour éclairer le présent des seconds, c'est l'un des objectifs majeurs du projet 'Tit Bonhomme.
Cette fois, il y a eu un précédent à notre entreprise, un précédent illustre et relativement récent. Aussi, ferons-nous de notre mieux pour nous montrer dignes du travail de La Jacquerie.
Modestes appariteurs du texte de Jean-Pierre Chabrol, les Gens s'adresseront aux gens pour leur parler... des gens.
Belote, rebelote et dix de der.... Les petites vies font les grands destins, qu'on se le dise.
Jacques Senelet.

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