La Compagnie des Gens
À QUOI RÊVENT LES CHEVAUX LA NUIT...
Mise en scène
Jacques Senelet.
En coproduction avec
le CDN du Théâtre Dijon Bourgogne.
PROLOGUE
de Jacques Senelet.
D’abord… d’abord… il y eut ce cinquième… ou ce sixième jour, on ne sait plus trop…En tout cas, c'était au début du…du… du début.
Mondieumondieu 1er, après qu’il se fut coltiné la création de la planète Bouboule en trente-cinq heures payées trente-neuf, profitait mollement de ses RTT quand il commença bientôt à sentir un ennui insidieux s’installer au plus profond de son Moi Majuscule.
C’est dans ce moment de grande solitude qu’il eut l’idée de fabriquer un être à son image, destiné à lui tenir compagnie dans ce putain de no man’s land dont Lui-même ne voyait pas le bout du bout du bout. D’un geste auguste, Mondieumondieu 1er recueillit dans ses mains la plus belle argile qu’il put trouver et entreprit in petto de modeler son futur compagnon.
Après une série d'ébauches maladroites, quelques ratés bien excusables, nobody even God is perfect, et aussi un énorme gâchis de matière première - étranger qu’il était à toute notion de développement durable - le Toutoupuissant parvint à la forme idéale.
Elancé, vibrant, flamboyant, en un mot, parfait, l’être façonné à la ressemblance de son auteur se tenait maintenant devant lui, fièrement campé sur ses quatre membres, la queue en panache, semblant narguer, par sa magnificence, la création tout entière.
Mondieumondieu 1er, sans grand effort d’imagination, appela sa chose : Cheval.
En voilà un qui allait pouvoir désormais brouter l’herbe grasse du jardin d’Eden dans la joie et l’allégresse et pour les siècles des siècles.
Plutôt satisfait de son œuvre, le Toutoupuissant vit alors se profiler sur la face de la terre, un avenir radieux… et cela lui fit chaud au cœur... Las, son bonheur fit long feu, car si le compagnonnage fut charmant dans les commencements, ce climat idyllique ne tarda point à se gâter.
Mondieumondieu 1er surprit un jour Cheval à marmonner dans sa barbe… plus tard il remarqua l’œil accusateur, la bouche crispée, la sueur aigre qui mouillait les flancs de la bête, le sabot qui se faisait menaçant… Quelle hippobosque avait donc piqué Cheval ? Un matin, la créature refusa carrément de se laisser flatter l’encolure. L’Infiniment Grand tenta quelques paroles d’apaisement… en vain ; dans un geste d’incivilité caractérisée, Cheval tourna promptement le dos à son créateur… Parle à ma croupe...
[…]



© ACTE, La Compagnie des Gens / Ludovic Mathiot. Tous droits réservés. Mentions légales. Site optimisé pour une résolution de 1920 x 1080 sous Mozilla Firefox. Mise à jour: 19/10/2014.