La Compagnie des Gens
À QUOI RÊVENT LES CHEVAUX LA NUIT...
Mise en scène
Jacques Senelet.
En coproduction avec
le CDN du Théâtre Dijon Bourgogne.

"Nous ne sommes pas encore nés
Nous ne sommes pas encore au monde
Il n’y a pas encore de monde
Les choses ne sont pas encore faites
La raison d’être n’est pas trouvée."
Antonin Artaud.

Gens du dehors, comment vous dire ?...
D’abord, il y eut cette rencontre, simple, ouverte, chaleureuse et presque inespérée entre nous autres de la Compagnie des Gens et l’équipage du prestigieux vaisseau amiral que représente à nos yeux ébaubis d’histrions ruraux, le Théâtre Dijon Bourgogne. Aussi bien, matelots, mécaniciens, officiers de quart, second, jusqu’au capitaine à la faconde revigorante et à l’enthousiasme contagieux ; tous et toutes, guidés par une curiosité salutaire ont osé aborder en notre île lointaine et néanmoins châtillonnaise avant de nous accueillir à bord en passagers de marque sans autre bagage que notre désir d’installer et de partager nos histoires sur le pont chahuté du théâtre, de mettre en branle les signes qui donnent la vie dans un ordre fulminant, d’entraîner nos semblables de tous poils, cul par-dessus tête, diable aux trousses, harry bourriquet, aux confins des mondes connus.
Ensuite, d’explorations en repérages, très vite, s’est invité à la fête le plus étrange lieu qu’une troupe pût imaginer comme réceptacle de ses chimères : le manège de Saussy sur la montagne dijonnaise, cathédrale de pierre, de bois et d’ardoise dédiée depuis plus d’un siècle au culte du dieu cheval. D’ailleurs, quiconque d’un peu curieux s’aventurant à l’intérieur pourra constater qu’il y a des pas au plafond et qu’un jour ça finira par se savoir chez les veaux.
Aujourd’hui, tel un Moloch bienveillant, il nous attend, gueule béante.
A l’évidence, drôle d’endroit pour une représentation que cette nef des fous improbable dans les entrailles de laquelle Gens du dedans et Gens du dehors seront invités à naviguer de conserve le temps d’une croisière tonitruante.
Voilà, chers Gens du dehors, on y est presque, le vent se lève, la voile gonfle, les haubans chantent, le vin chauffe, les ânes piaffent, vous aussi ? Tant mieux. Alors oui, hic et nunc, il va nous falloir déjouer les pièges de ce lieu chargé de sortilèges, tâcher de ne pas y perdre notre latin ni le vôtre, mettre en mouvement au cœur de la piste non pas une, mais des aventures peuplées de cauchemars réjouissants, de rituels cruels et rigolards, y installer le sirocco levant les croisades, l’ouragan poussant à l’exode, la tempête nourrissant les odyssées ?... Oui, le moment est venu pour nous de convoquer le ban et l’arrière ban de nos fantômes familiers, gorgones, dieux lares hilares, trognes de bon et de mauvais aloi, destins minuscules qui font les grandes fables, bref, de nous colleter à cette épreuve horrifique et merveilleuse qu’est la fabrication d’une machine de théâtre, le théâtre que nous aimons, c'est-à-dire fraternel, festif et roturier, un théâtre dont on aimerait que François Chattot dise, à sa manière : « C’est du loukoum. » Oui, mais du loukoum au poivre.
Jacques Senelet.

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